PAUSE-RETRAITE-GREVE-DESERTION?

Ceci n'est pas un spectacle

ou quand on décide d’appuyer sur pause

DANS TON COURRIER #2

 

Lettre envoyée au public de la compagnie le 03/12/2020.

Si vous cliquez sur « Dans ton courrier #2 », y a la lettre avec les images.

 

Comme de coutume depuis mars dernier, nous n’annoncerons pas notre dernière annulation, ou les prochaines dates de Dans ton cirque.
Et avant de nous lamenter, on se réjouira un peu d’avoir eu un certain coup de chance pour les dernières du Vide qui ont eu lieu il y a maintenant un an. Vues d’aujourd’hui, elles paraissent appartenir à une autre ère, au temps où se trémousser collés-serrés et cracher dans le verre de l’autre étaient encore autorisés.
Le Vide n’est plus, et c’est un autre vide qui a pris toute la place et cherche à nous laisser sans espace et sans temps de rassemblement, tout en remplissant nos journées de questions et d’actions sans intérêt.

Alors, ce qui devait être une lettre de nouvelles devient notre annonce de désertion, notre préavis de grève ou notre prise de congés, qui commencera le 1er janvier et se terminera, sauf nouvelle blague des guignols de l’info, le 1er avril.

Cette idée nous est venue en même temps que d’anciennes questions :
Et si on arrêtait de s’adapter ?
Et si on ne consentait pas ?
Et si on prenait le risque ?

Car, pourquoi, à lire les lettres de nouvelles du spectacle, à observer de loin les gesticulations numériques qui tentent de pallier la suppression des espaces et des temps communs, il semble si souhaitable de s’adapter, de ne pas rompre, de faire tourner la machine coûte que coûte ? Pourquoi se réjouir d’une reprise hypothétique des spectacles mi-décembre sans convivialité et avec couvre-feu (pardon, on n’appelle ça « horaires adaptés » désormais) ? Pourquoi tandis que « (télé)travail, famille, patrie » s’imposent, ne craignons-nous pas de repartir comme en 40 ? Pourquoi tant de « prenez soin de vous » alors qu’on s’est rarement senti si isolé et pris pour des &@!!%*?! ?
Tant d’injonctions contradictoires nous deviennent aussi irrespirables que le masque qui nous est imposé partout.

Depuis le début de cette crise, on observe plus d’agitation que de cogitation, et il nous semble que le spectacle est tellement imprégné du néolibéralisme que nous nous conformons à son agenda. Même conscients qu’il est la source destructrice qui nous a conduit à cette crise, on voudrait qu’il nous en sauve, on participe en ré-organisant sans cesse le chaos qu’il nous fait subir. On se réjouit presque d’y arriver alors que ça a une gueule pas possible et que ça pue la mort partout. Non pas la mort comme pendant nécessaire de la vie, mais plutôt cet esprit morbide qui étouffe le vivant.

Alors aujourd’hui, nous admettons que nous n’avons pas de plan, pas d’agenda, pas de programme, juste l’envie de nous ressaisir (du temps).

Il ne s’agit pas pour autant de déclarer forfait, au contraire.
Il s’agit d’aller voir ailleurs si on y est (vraiment), d’arrêter les réunions où les visages de nos ami-e-s se coincent dans un soubresaut informatique, de ne pas participer à ce qui ne fait pas sens.
Il s’agit d’un autre travail, celui qui tente de penser ce qui vient, quoi faire, et peut-être entre tout ça, comprendre ce que veut dire le mot retraite avant son massacre définitif.

En attendant, d’ici janvier, nous sommes corvéables à merci, nous pouvons travailler comme des forcenés sur du flou, nous sommes partant-e-s pour faire des hypothèses folles sur fond d’avenir merveilleux.

Il y aurait encore tant à dire, à discuter, mais ici, on ne fait que tapoter sur nos machines, alors finissons:
prenez soin de…s inadapté-e-s, des énervé-e-s, de ceux et celles qui en bavent, de la vermine qui ose rompre, se démasquer, tousser loin des coudes, embrasser qui vous voudrez, rire aux éclats, postillonner, et ne pas s’attester!

Voilà, voilà.

 

Anna Tauber et Fragan Gehlker

ON REVIENDRA...?

Le 1er avril 2021
(sauf nouvelle blague des guignols de l’info.)

(parce que le temps est bon)

(pour les (bonnes) blagues)

SI VRAIMENT VOUS PANIQUEZ

Viivi veut bien suivre quelques questions qui vous gratteraient avant avril

(mais elle pourra aussi botter en touche et il se peut qu’elle soit partie faire du ski de fond):

viivi.roiha@gmail.com

06 87 74 00 81




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